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lundi 31 décembre 2012

en 2012, 10 films




1.       Tabou – Miguel Gomes
2.      The day he arrives – Hong Sang Soo
3.      In another country – Hong Sang Soo
4.     Moonrise Kingdom – Wes Anderson
5.     The color wheel – Alex Ross Perry
6.      River rites – Ben Russell
7.     Go Go Tales – Abel Ferrara
8.     Bovines – Emmanuel Gras
9. Un monde sans femmes - Guillaume Brac
10. Like someone in love - Abbas Kiarostami


L'occasion aussi d'annoncer la fin de ce blog, qui tourne en rond.

vendredi 9 novembre 2012

Ten - Abbas Kiarostami (2002)





Ten est un film de lâcher-prise. Abbas Kiarostami dit lui-même, dans 10 on Ten, que l’usage de la caméra numérique lui est venu lors du montage du Goût de la cerise. La dernière bobine, abîmée, était irrécupérable. Kiarostami a utilisé, pour conclure le film, les images numériques du tournage de la dernière scène. Puis, parti en repérages pour ABC Africa, il rentre en Iran et comprend qu’il n’obtiendra jamais des gens qu’il veut filmer avec une équipe de tournage et une caméra plus lourde ce qu’il parvient à en saisir avec sa caméra numérique. Il ne retourne pas en Afrique. Il prend la décision de faire ABC Africa avec les seules images de ses repérages. Après ça, vient logiquement Ten. 

Ten, ce sont deux caméras placées dans une voiture à l’endroit du rétroviseur. Il y a une conductrice et plusieurs passagers. Dix séquences, dix voyages. Pas de logo Kiarostami sur l’image, si ce n’est l’espace de la voiture, déjà investi par Le goût de la cerise. Le cinéaste remet en jeu tous ses fondamentaux (ce n’est pas parce que la caméra est à la place du rétroviseur que le regard du cinéaste est rétrospectif), et s’abandonne même, au fur et à mesure des séquences, à un champ-contrechamp fluide – presque hollywoodien, mais on verra ensuite en quoi il ne l’est pas du tout – qu’il peinait à admettre au début (les premières séquences sont en grande partie des plans-séquences, et le second personnage – la mère d’abord, la vieille femme pieuse ensuite – reste hors-champ). Un champ-contrechamp qui vient comme politique de l’écoute, dérigidification des systèmes trop théoriques, des présupposés esthétiques inutilement rigides. Et c’est formidable de voir un cinéaste toujours remettre en question sa méthode, penser chaque changement de plan, ne pas s’enfermer dans une rigueur qui à force deviendrait tradition et conservatisme. 

Certes, le cadre est fixe, mais il se place au sein d’une voiture en marche, et nous promène, malgré sa fixité, dans les paysages de Téhéran (on pourrait parler de travelling fixe ; en fait, il faudrait parler de deux mondes : la multitude de la ville d’une part, l’intimité de la voiture de l’autre, où les destins viennent dialoguer, se fixant, s’épinglant dans le paysage filant, rythmés par les bouchons, les trous dans la route, le temps de trajet). Ce champ-contrechamp qui compose le film (chanmp-contrechamp latéral en fait, puisque les personnages qui discutent sont assis côte à côte et se regardent moins souvent qu’ils ne regardent la ville, véritable interlocutrice des échanges, tierséité du film) redouble l’effet d’isolement que produit l’espace unique de la voiture. On ne voit jamais la conductrice et son passager ensemble. Kiarostami leur donne un champ d’action défini et indépassable. Mais ce n’est pas à une conversation à l’américaine qu’on assiste. Il n’y a pas comme une corde reliant les personnages qui dialoguent et annulant tout l’espace autour d’eux, il y a seulement une voiture. Si les personnages sont reliés à quelque chose, c’est au langage d’une part, et à la ville de l’autre. C’est ce qu’ils partagent. Et ils partagent aussi l’existence, qui me semble être le sujet du film. 

En fait, on pourrait croire que Ten n’est pas un film de Kiarostami, tant le cinéaste s’abandonne à ce qu’il enregistre. On pourrait même penser que Ten est le film de la conductrice de la voiture. C’est elle qui guide les conversations – elle qui conduit, en somme. Kiarostami se fait cinéaste sans pouvoir, il ne dit plus « action », il ne dit plus « coupez », il laisse venir. La mise en scène se fait non du côté du pouvoir mais de celui de l’attention, cette attention qui ne paralyse pas le réel (ni ne se paralyse face aux remous du réel). On pourrait qualifier cette attention de meuble, comme du sable, hyper-plastique, hyper-présente et hyper-transparente à la fois. Alors qu’est-ce qui a fait qu’Abbas Kiarostami, avec Copie Conforme et Like Someone In Love, se soit remis à dire « action », « coupez »… Le réel lui échappe ? Il ne sait plus le recueillir ? Il ne peut plus ? Il n’y a pour lui de réel, ou d’accès au réel, qu’en Iran ? Hors de son pays, de son territoire, il se condamne au cinéma d’auteur dominant.

mercredi 17 octobre 2012

Like Someone In Love - Abbas Kiarostami






Abbas Kiarostami raconte l'histoire de reflets et de vitres, au travers desquels les personnages se surveillent, se tiennent à distance, ou exercent une emprise les uns sur les autres.
Le vieux professeur Takashi, depuis son appartement-tour de contrôle aux baies vitrées panoptiques, observe l'arrivée de la jeune prostituée Akiko, sans qu'on sache bien s'il est l'araignée ou le moucheron sur lequel fond le monde avec cette vitesse qui le dépasse (le téléphone ne sonne jamais assez longtemps, le répondeur se met inexorablement en route, et les patinettes frottent la moquette molle de la pièce croulant sous les livres).

Akiko, quant à elle, est cette identité vacante, ce visage immobile et souvent pris derrère des vitres, sur lesquelles dérivent les enseignes lumineuses de Tokyo comme autant de petites aiguilles de couleurs vives, qui le lendemain, sur le trajet de retour, se changeront en nuages. Si au début du film elle crie "non", c'est hors-champ, et ça n'aura aucun effet : il suffira à son maquereau de sortir du bar où ils discutaient pour que son reflet sur la vitre l'absorbe entièrement, annulant ainsi son refus par une sorte d’étouffement plastique. Akiko a d’ailleurs un sérieux problème d’image : elle ressemble à tout le monde, à la jeune fille parlant au perroquet sur le célèbre tableau japonais, à la femme et à la fille de Takashi, et aussi à une écolière délurée sur une petite annonce coquine qu’on trouve partout dans Tokyo – elle ressemble à tout le monde de façon égale (pourtant, parmi les 4 propositions / jeux de miroir, une est vraie), elle n’est donc personne. Cette inconsistance très théorique est la limite du film : les malheurs d’Akiko n’inspirent à celle-ci aucune révolte, aucun mouvement, aucun dérèglement dans la mécanique de la mise en scène. Elle subit les surprises du scénario sans rien pouvoir faire si ce n’est les admirer (on est loin de l’insurrection de l’héroïne du Miroir de Jafar Panahi).

La voisine de Takashi, elle aussi, a son rôle à jouer dans cette histoire d’image et de champ. D’abord tenue hors-champ par le vieux professeur qui refuse de lier conversation avec elle, elle se plaint de ce que sa voiture obstrue son angle de vue. Quelques scènes plus loin, observant le retour d’Akiko chez Takashi depuis un rideau qu’elle finit par écarter, elle montre son visage, et le spectateur découvre la toute petite fenêtre depuis laquelle elle raconte son histoire. De sa maison presque murée sort un cri terrifiant, celui de son frère handicapé, qui, comme tous les cris de Like Someone In Love, reste hors-champ (comme une réserve de violence).

Tout joue ainsi, sur les fenêtres et les reflets, les hors-champs et les angles morts, jusqu'à l’ultime brisure, coup de théâtre vaudevillesque un peu plat, ou coup de concept spécieux – le scénario s’est inutilement chargé de hasards et coïncidences lelouchiens sans grand intérêt ; à force de rebondissements, la mise en scène se change en marque de fabrique, et le minimalisme du dispositif perd de sa tension.

Pourtant, le début du film a l’évidence d’Où est la maison de mon ami ? Akiko est conduite de nuit en voiture à travers Tokyo. Depuis la banquette arrière, elle écoute les nombreux messages que sa grand-mère, de passage à la capitale pour la journée, lui a laissés. Elle demandera au chauffeur de faire deux fois le tour de la place où sa grand-mère l’attend encore. Elle la regardera l’attendre sous la statue, avec cette forme de patience active qui n’est pas le propre d’Akiko (Akiko est plutôt l’impatience passive), comme si la grand-mère était le cinéma de Kiarostami (statufié) que le film quittait, pour emprunter des voies plus capricieuses, plus ternes.

Et c’est peut-être au Japon que Kiarostami fera son film le plus éloigné du cinéma d’Ozu. Un film qui finit par bêtement opposer l’intellectuel et le manuel, le sensible et le logique, le vieux et le jeune, sans jamais rien dire d’Akiko, sans jamais lui laisser la possibilité d’être un peu plus qu’une image parmi les mille images du film. Le petit trouble moral que la fin occasionne (mieux vaut un bon client qu’un mauvais mari ?) achève de transformer toutes les sornettes sentimentalo-esthétiques (Akiko pleure, Akiko saigne, Akiko est muette de stupéfaction) en clichés terriblement publicitaires (Kiarostami worldwide).

mercredi 16 mars 2011

les années 90

Onze indispensables :

Bouge pas, meurs et ressuscite - Vitali Kanevski
Close-up - Abbas Kiarostami
Few of us - Sharunas Bartas
Khroustaliov ma voiture - Alexei Guerman
L'abécédaire de Gilles Deleuze - Pierre-André Boutang
Le songe de la lumière - Victor Erice
Les amants du Pont-Neuf - Leos Carax
Les idiots - Lars von Trier
Lost Highway - David Lynch
Sailor et Lula - David Lynch
Satantango - Bela Tarr

Quelques essentiels (22) :

Chronique d'une disparition - Elia Suleiman
Clean, shaven - Lodge Kerrigan
Corridor - Sharunas Bartas
Echos d'un sombre empire - Werner Herzog
En mémoire d'un jour passé - Sharunas Bartas
En présence d'un clown - Ingmar Bergman
Et la vie - Denis Gheerbrant
Hélas pour moi - Jean-Luc Godard
L'arbre, le maire et la médiathèque - Eric Rohmer
L'hôpital et ses fantômes - Lars von Trier
L'humanité - Bruno Dumont
La vie de Jésus - Bruno Dumont
Le goût de la cerise - Abbas Kiarostami
Le vent de la nuit - Philippe Garrel
Level Five - Chris Marker
Moe no suzaku - Naomi Kawase
Où est la maison de mon ami ? - Abbas Kiarostami
Out of the present - Andrei Ujica
Petit Dieter doit voler - Werner Herzog
Rez-de-chaussée - Igor Minaiev
Twin Peaks - David Lynch
Twin Peaks, la série

Et d'autres superbes (42) :

A brighter summer day - Edward Yang
Body snatchers - Abel Ferrara
Casino - Martin Scorsese
Cerro Torre, le cri de la roche - Werner Herzog
Charisma - Kiyoshi Kurosawa
Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) - Arnaud Desplechin
Contact - Robert Zemeckis
Conte d'automne - Eric Rohmer
Conte d'hiver - Eric Rohmer
Docteur Chance - FJ Ossang
El valley centro - James Benning
Et la vie continue - Abbas Kiarostami
Eyes wide shut - Stanley Kubrick
Happy together - Wong Kar Wai
Jackie Brown - Quentin Tarantino
Journal intime - Nanni Moretti
L'antre de la folie - John Carpenter
L'esprit de Caïn - Brian de Palma
L'impasse - Brian de Palma
La belle noiseuse - Jacques Rivette
La rivière - Tsai Ming Liang
La sentinelle - Arnaud Desplechin
La vie des morts - Arnaud Desplechin
Le garçu - Maurice Pialat
Le pouvoir de la province du Kangwon - Hong Sang Soo
Leçons de ténèbres - Werner Herzog
Les rebelles du dieu néon - Tsai Ming Liang
Minuit dans le jardin du bien et du mal - Clint Eastwood
My own private Idaho - Gus van Sant
New Rose Hotel - Abel Ferrara
Pages cachées - Alexandre Sokourov
Pulp fiction - Quentin Tarantino
Secret défense - Jacques Rivette
Serial mother - John Waters
Smoking & No smoking - Alain Resnais
Snake eyes - Abel Ferrara
The hole - Tsai Ming Liang
The king of New York - Abel Ferrara
The second circle - Alexandre Sokourov
Trois jours - Sharunas Bartas
Utopia - James Benning
Xiao Wu, artisan pickpocket - Jia Zhang-Ke

dimanche 20 février 2011

les années 00

Dix indispensables :

A l'ouest des rails - Wang Bing
As is was moving ahead occasionnally i saw brief glimpses of beauty - Jonas Mekas
Blissfully yours - Apichatpong Weerasethakul
Elégie de la traversée - Alexandre Sokourov
En avant jeunesse - Pedro Costa
Inland Empire - David Lynch
Sogobi - James Benning
Ten - Abbas Kiarostami
Ten skies - James Benning
The white diamond - Werner Herzog

Quelques essentiels (21) :

Frownland - Ronald Bronstein
Hunger - Steve Mac Queen
Intervention divine - Elia Suleiman
L'heure du berger - Pierre Creton
La mort de Dante Lazarescu - Cristi Puiu
Le nouveau monde - Terence Mallick
Les amants réguliers - Philippe Garrel
Lettre d'un cinéaste à sa fille - Eric Pauwels
Manderlay - Lars von Trier
Marseille - Angela Schanelec
Merde - Leos Carax
Mulholland drive - David Lynch
Nuages de mai - Nuri Bilge Ceylan
One way boogie woogie / 27 years later - James Benning
Plaisirs inconnus - Jia Zhang-Ke
Platform - Jia Zhang-Ke
Saraband - Ingmar Bergman
Shara - Naomi Kawase
Sub - Julien Loustau
Syndromes and a century - Apichatpong Weerasethakul
The brown bunny - Vincent Gallo

Et d'autres superbes (35) :

24 city - Jia Zhang-Ke
A bord du Darjeeling Limited - Wes Anderson
Black Book - Paul Verhoeven
Boulevard de la mort - Quentin Tarantino
Ce vieux rêve qui bouge - Alain Guiraudie
Dans la chambre de Vanda - Pedro Costa
Dans le noir du temps - Jean-Luc Godard
El bonaerense - Pablo Trapero
Encounters at the end of the world - Werner Herzog
Eurêka - Shinji Aoyama
Femme fatale - Brian de Palma
Goodbye Dragon Inn - Tsai Ming Liang
I don't want to sleep alone - Tsai Ming Liang
Inland - Tariq Teguia
Je veux voir - Joana Hadjithomas & Khalil Joreige
Keane - Lodge Kerrigan
Kill Bill - Quentin Tarantino
L'enfant - Luc & Jean-Pierre Dardenne
La colonie - Sergei Loznitsa
La famille Tenenbaum - Wes Anderson
La libertad - Lisandro Alonso
La main - Wong Kar Wai
La nuit nous appartient - James Gray
La religieuse portugaise - Eugène Green
Land of the dead - George Romero
Le miroir magique - Manoel de Oliveira
Le temps qu'il reste - Elia Suleiman
Pau et son frère - Marc Recha
Sobibor - Claude Lanzmann
Tetro - Francis Coppola
The limits of control - Jim Jarmusch
Two lovers - James Gray
Un film parlé - Manoel de Oliveira
Woman on the beach - Hong Sang-Soo
Yi yi - Edward Yang

dimanche 30 mai 2010

Copie Conforme - Abbas Kiarostami



Il y a une malédiction Binoche.
Carax met huit ans à se sortir de Mauvais Sang et des Amants du Pont-Neuf, pour réaliser son film le moins inspiré, Pola X, névrose incestueuse blafarde sur fond destroy-chic-agnèsB.
Kieslowski réalise sa trilogie la plus pompeuse (le niveau était déjà élevé), et meurt dans la foulée.
Ferrara se caricature avec Mary et ses films suivants ne sortent plus en France.
Haneke quitte l'Autriche et se prend pour Dieu.
On peut ajouter à cela Les amants du siècle de Diane Kurys, gigantesque navet.
Et Le divan à New-York de Chantal Akerman, paraît-il immonde.
Maintenant, c'est à Kiarostami qu'elle s'en prend.

L'expérience du film est celle-ci : faire parler les acteurs à des morceaux de scotch. Les morceaux de scotch sont peut-être réussis, les dialogues le sont moins. Cette dérive sentimentale qui se voudrait mystérieuse emprunte toujours les mêmes procédés, les mêmes fins, les mêmes disputes, les mêmes retournements, toujours avec la même aigreur - ce sont des personnages aigres, blasés, ayant des conversations sur l'art qu'on nous annonce comme passionnantes mais qui n'existent jamais vraiment, ayant des sentiments qui ne naissent pas à l'écran, qui ne sont que principe, direction, surplomb. A vrai dire, on pense à un film de Lelouch en moins brouillon et donc moins drôle.
Je retiens du film deux choses qui m'ont plu ou auraient pu me plaire : Binoche est une actrice incroyable, avec son visage très changeant, en petit clown du banal ; Kiarostami atteint un niveau de concision poétique absolument sidérant dans l'incarnation de certains des lieux du film (les intérieurs surtout : le chat de la galerie, le café, les platanes).
Des lieux, oui, mais c'est le premier film de Kiarostami que je vois où le temps n'existe pas. Il est dans le scénario - une journée dans la vie de deux inconnus qui se connaissent peut-être. Il est dans les dialogues - "il est 17h", "j'ai mon train à 19h, je dois rentrer"... Mais pas dans la mise en scène, jamais. Ces phrases qu'on entend, mentionnant l'heure, sont toujours surprenantes. Le temps de Copie Conforme est informe, distendu, complètement aléatoire.

Parmi les cinéastes cités plus haut, seul Ferrara n'a pas de k, lettre ou phonème. Tous les autres, oui. Est-ce un hasard ? Quels sont les prochains sur la liste de Binoche : Kassovitz et Kounen ne sont pas assez chics ; les mk2 de Marin Karmitz peuvent faire faillite ; Abderrhamane Sissako ferait bien de se méfier ; Kitano est déjà dans la merde ; Kim Ki-Duk devrait bientôt y passer ; Sokurov et Kyoshi Kurosawa rongent leur frein, leur tour viendra ; et quand au festival de Kannes, dont Binoche était l'affiche, il ferait mieux de s'arrêter tout de suite d'exister (il peut, d'ailleurs, car finir sur une telle palme, ce serait beau).

jeudi 25 mars 2010

Et la vie continue - Zendegi va digar hich - Abbas Kiarostami - (et plus généralement sur ce que je connais du cinéma iranien)

J'ai revu récemment Et la vie continue, de Abbas Kiarostami. Ce qui m'a le plus frappé, c'est la façon dont les personnages, malgré l'action, malgré l'intrigue, malgré ce qui leur arrive, ne cessent de négocier. D'un côté le père, négociant son chemin sur les routes endommagées, de l'autre le fils, persuadé que le match de la coupe du monde diffusé le soir du tremblement de terre opposait l'Ecosse au Brésil, et non l'Argentine, comme le prétend son père. Si Kiarostami parle du tremblement de terre, s'il parle de la détresse des survivants, il filme surtout la victoire d'un père sur une route pourtant interdite, et la victoire d'un fils sur son père ; rien de lourdement oedipien là-dedans, il s'agit seulement d'avoir raison, de franchir ce qui est infranchissable.
On voit cela souvent dans le cinéma iranien. Chez Kiarostami d'abord, dans
Où est la maison de mon ami ?, quand le petit garçon explique à sa mère qu'avant de faire ses devoirs, il doit d'abord et avant tout rendre le cahier que par mégarde il a pris à son ami. Sa mère s'oppose à sa volonté. Il s'obstine. N'obtient l'accord de personne. Finit par s'affranchir de l'interdiction pour accomplir ce qui lui semble le plus juste et le plus nécessaire (et nous savons, nous, spectateurs, que l'enfant a absolument raison - il en va du destin de son ami et de l'injustice à laquelle il serait confronté si le cahier ne lui était pas rendu).
Chez Jafar Panahi également, dans
Hors-jeu, quand un groupe de jeunes filles passent une heure trente à tenter d'assister à un match de football, malgré les interdictions qui s'opposent à elles.
Et aussi dans le récent A propos d'Elly, de Asghar Farhadi, où chacun a son avis sur la manière d'annoncer à quelqu'un la disparition de sa petite amie. Le problème est sérieux mais ne trouve pas de consensus. Tous les détails sont soumis à la discussion. Il n'y a rien de général dans la façon que chacun a d'envisager le monde. (à suivre)

mardi 2 février 2010

Shirin - Abbas Kiarostami

Shirin, c’est l’assemblée des femmes. Elles sont là, dans la pénombre, assises, toutes tournées vers un film que nous ne voyons pas, mais dont nous entendons la musique, les bruitages et les dialogues. Kiarostami nous place à l’endroit où tout circule mais où rien ne peut être stabilisé (ou rationnalisé) : entre l’émotion de spectatrices que nous ne connaissons pas et un film dont nous ne percevons qu’une infime partie, pas suffisante pour que nous puissions être certains de ce qui est vu. Nous sommes entre le vu et le voir – nous sommes dans l’invisible – et c’est cette place qui fait le lien avec les films précédents de Kiarostami : voir à moitié (ou voir une partie sans pouvoir se représenter le tout avec certitude), c’est voir comme l’enfant. Le spectateur a l’impression de surprendre un moment, de n’être ni pris dans ce moment ni complètement coupé de lui. Quelque chose se passe, qu’il ne peut dire exactement, sur quoi il ne peut pas poser d’idée précise. Alors le fantasme s’active. Qui sont ces femmes, quel est ce film ? Ces larmes qu’elles versent, de quelle vie viennent-elles ? Cette voix qu’on entend, quel visage la porte ? Pourquoi cette voix sans visage produit-elle cette émotion sur ce visage sans voix ? Et pourquoi pris dans ce flux j’éprouve un sentiment pour cette voix, ou pour ce visage, ou pour le passage qui mystérieusement se crée de l’un à l’autre ? Je ne suis d’aucun côté, je suis des deux à la fois, je suis dans un torrent, qui serait l’être-même, dans ce qu’il y a en lui de mobile et de modal. J’assiste aux variations qui sont très exactement le contour de ce qui ne peut avoir de contour.

Shirin peut être perçu comme un prolongement des Histoire(s) du cinéma de Godard. Il s’agit là d’un art de la superposition : telle ligne de dialogue caressera tel visage hétéroclite, et de la rencontre des deux naîtra du sens, c’est-à-dire du possible.

mardi 25 novembre 2008

Expérience - Tadjrobeh - Abbas Kiarostami



Deux courts-métrages, d'abord.
Le premier, La récréation, hivernal, dense, saisissant en quelques plans extraordinaires un suspense, une géographie, une errance.
Le second, Le pain et la rue, estival, plus léger, drôle et moral.
On voit déjà à l'oeuvre tout ce que le cinéaste approfondira par la suite.
Les trois films de ce programme ont été produits par la commission du développement intellectuel de l'enfant et de l'adolescent.


Le long-métrage, Expérience (une petite heure), raconte la vie d'un jeune garçon, employé chez un photographe goutteux. Ce sont les 400 coups, le premier choc amoureux, la reconnaissance des différences de classes, l'humiliation de la pauvreté, filmés sans appel.

L'enfance, pour Kiarostami, qui a fait de cette figure imposée un motif récurrent de ses films (Ten, Où est la maison de mon ami ?), c'est le moment où l'on acquiert un regard sur le monde, où l'on s'approprie la ville et les rues. Espace d'apprentissage et de premières solitudes, entre tendresse et dureté, mélancolie flâneuse et illuminations graves. Le corps est investi d'un poids, d'une marque d'origine, d'une vitesse - autant d'entraves et d'attributs pour échapper à un destin. L'enfant, du statut de Dieu, passe à celui d'être humain - expérience douloureuse.

mardi 31 décembre 2002

en 2002, 10 films

1. Elégie de la traversée – Alexandre Sokourov
2. Blissfully yours – Apichatpong Weerasethakul
3. Ten – Abbas Kiarostami
4. Intervention divine – Elia Suleiman
5. La famille Tenenbaum – Wes Anderson
6. Dans le noir du temps – Jean-Luc Godard
7. Femme fatale – Brian de Palma
8. La cienaga – Lucrecia Martel
9. Le fils – Luc et Jean-Pierre Dardenne
10. Invincible – Werner Herzog

jeudi 28 décembre 2000

en 1997, dix films

1. Lost Highway – David Lynch
2. En présence d’un clown – Ingmar Bergman
3. Le goût de la cerise – Abbas Kiarostami
4. Level five – Chris Marker
5. Petit Dieter doit voler – Werner Herzog
6. La vie de Jésus – Bruno Dumont
7. La rivière – Tsai Ming Liang
8. Le miroir - Jafar Panahi
9. Contact – Robert Zemeckis
10. Happy together – Wong Kar-Waï

mardi 26 décembre 2000

en 1995, dix films

1. Corridor – Sharunas Bartas
2. Kingdom I – Lars von Trier
3. Out of the present - Andrei Ujica
4. Clean, shaven – Lodge Kerrigan
5. L’antre de la folie – John Carpenter
6. Le garçu – Maurice Pialat
7. Au travers des oliviers – Abbas Kiarostami
8. Kids – Larry Clark
9. Underground – Emir Kusturica
10. Sur la route de Madison – Clint Eastwood

samedi 23 décembre 2000

en 1992, dix films

1. Twin Peaks, fire walk with me - David Lynch
2. Et la vie continue – Abbas Kiarostami
3. Les rebelles du Dieu néon – Tsai Ming Liang
4. Cerro Torre, Le cri de la roche – Werner Herzog
5. My own private Idaho – Gus Van Sant
6. Conte d'hiver – Eric Rohmer
7 Boulder blues and pearls and... - Stan Brakhage
8. Leçons de ténèbres – Werner Herzog
9. A brighter summer day - Edward Yang
10. La sentinelle – Arnaud Desplechin

vendredi 22 décembre 2000

en 1991, dix films

1. Les amants du Pont-Neuf – Leos Carax
2. Close up – Abbas Kiarostami
3. Twin Peaks, la série – David Lynch’s team
4. Et la vie - Denis Gheerbrant
5. Trois jours – Sharunas Bartas
6. La belle noiseuse – Jacques Rivette
7. La vie des morts – Arnaud Desplechin
8. Alice - Woody Allen
9. La cabale des oursins – Luc Moullet
10. A scene at the sea – Takeshi Kitano

jeudi 21 décembre 2000

en 1990, dix films

1. Bouge pas, meurs, et ressuscite – Vitali Kanevski
2. Sailor et Lula - David Lynch
3. Où est la maison de mon ami ? – Abbas Kiarostami
4. Echos d’un sombre empire – Werner Herzog
5. En mémoire d’un jour passé – Sharunas Bartas
6. Rez de chaussée - Igor Minaev
7. The second circle – Alexandre Sokurov
8. King of New York – Abel Ferrara
9. La liberté c’est le paradis – Sergei Bodrov
10. Drugstore cowboy - Gus van Sant