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mardi 31 décembre 2013

topless 2013


1. Jaurès, Vincent Dieutre
2. La vie d'Adèle, Abdellatif Kechiche
3. A la merveille, Terrence Malick
4. Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow
5. After Earth, Michael Night Shyamalan
6. La jalousie, Philippe Garrel
7. Shokuzai, Kiyoshi Kurosawa
8. Star Trek Into Darkness, JJ Abrams
9. The Master, Paul Thomas Anderson
10. Berberian Sound Studio, Peter Strickland

mardi 4 octobre 2011

Un été brûlant - Philippe Garrel

Ils ont l'âme molle. Des sentiments divins les traversent, mais leur mâchoire est en carton et leurs corps fuient les situations. Ils se défilent. Ils préfèrent rester des succubes.
Et puis, parfois, quand on entend les dialogues, on entend ça : "elle se rapprocha d'elle non parce qu'elle comprenait son geste, mais parce qu'elles étaient deux femmes." Les appareils génitaux restent entre eux. Solidarité vaginale. Les femmes se comprennent, les artistes se droguent, c'est la vie. Celle des années 70 transposée maintenant. Ca n'a plus aucun sens, aucune réalité, mais Philippe Garrel persiste à le croire. Il n'y a pas de défaut de croyance dans son film : il y a un défaut d'acuité.
Avant, quand Garrel a commencé le cinéma, il y avait des stars. Sont passées devant sa caméra Jean Seberg et Nico. Aujourd'hui, c'est Monica Bellucci. Mais la star n'est plus l'universel. Au contraire, elle est devenue une distance, un repoussoir entre le spectateur et le monde des hommes libres. Le désir est devenu de l'envie. On ne rêve pas de Monica Bellucci, on regarde ses gros seins, sa peau en plastique, et les mains ridées derrière lesquelles elle cache son visage lisse sur lequel quelqu'un a posé des cheveux qui ne vont pas.
Alors le film montre deux mondes : Monica Bellucci d'un côté, les autres acteurs de l'autre. A un moment, Céline Sallette regarde Bellucci comme si elle voyait un gouffre. A un autre moment, Bellucci parle à Louis Garrel, et si le spectateur ne comprend pas ce qu'elle dit, Louis Garrel non plus, qui grimace. A un autre moment encore, on lâche une souris dans la scène : Bellucci en profite pour jouer Phèdre. C'est trop. Mais ce n'est pas un surplus d'être : c'est simplement quelqu'un qui n'existe pas.

L'idée du film est belle : deux qui se brûlent, deux qui sont au contact de ce feu mais s'en préservent. La grande question : comment vivre avec l'absolu ?
Le problème, c'est que les deux qui doivent brûler sont plutôt glauques et semblent prendre l'eau. Quant aux deux qui vivent auprès d'eux, ils sont filmés avec beaucoup de condescendance. Dès qu'ils apparaissent à l'écran, il y a une sorte de "ces gens-là" qui envahit l'image. La peinture s'écaille, mais ils lisent des livres dans la collection blanche de Gallimard.

La première scène d'Un été brûlant condense Le vent de la nuit en trois minutes puissantes. La dernière reconvoque les fantômes de La frontière de l'aube. Une séquence de danse au milieu du film rappelle Les amants réguliers. Quoi de neuf ? Rien, mais ça continue, et ça devient un peu réactionnaire, par défaut plus que par choix : passer sous la ligne 2 du métro à Stalingrad est une aventure visiblement inédite pour Philippe Garrel, qui résume sa vision du présent à une intervention policière et à une petite phrase : "quelle merde ce Sarko", qui tombe à l'eau.

mardi 18 novembre 2008

Danielle Collobert pour parler de Philippe Garrel



"un moyen - un compromis - pour continuer à vivre - po
ur s'apparaître peut-être encore de temps en temps - sans image - sans reflet - seulement s'entendre - le souffle - le cri - les mots - quelquefois - avant de disparaître - tracer quelque chose - quelque part - pour rien - sans nécessité sûrement - être là - pourtant - encore - à essayer"

Danielle Collobert, Dire II


On dirait un film de Philippe Garrel. La façon dont les morceaux de phrases (de scènes) se succèdent. Mieux, se heurtent.
On dirait un corps contradictoire. Une matière organique menacée, qui survit par extraits, par lambeaux.

Garrel et Collobert ont ce même art du montage syncopé, où les mots (où les images) s'évanouissent, tom
bent, sont aspirés les uns dans les autres. Ils font chacun, dirait-on, les blasons d'un corps émietté, qui n'a pu être rassemblé que de façon parcellaire. Un corps avec des gouffres, des manques, et des associations anatomiques curieuses. Des blasons, oui. Leurs mots (leurs images) ont cette dignité bancale, cette persistance qui est aussi une survivance.


"assouvir jamais - désir de voix - brouillard partout - dans lequel surgit - de toujours les bras en avant - taillant du corps le vent coupe l'épaisseur - isole une voix - et cerne - gravite autour - progression vers un corps - parlant - là"

Danielle Collobert, Il donc

jeudi 23 octobre 2008

Les baisers de secours - Philippe Garrel



Des baisers de secours, c'est ce que Garrel entend nous donner, un remède contre la fin de l'amour - qui n'est pas la fin de l'histoire d'amour. Et, pour ce faire, il invente un film sur ce moment de la vie, et un film dans le film, qu'on ne verra pas, sur cette vie qu'on voit. Alors l'amour redouble. Le désir revient. Les baisers de secours, c'est un film sur le dernier désir, celui qui ravive une histoire en péril, l'érotisme dernier. Ainsi cette scène de train où Brigitte Sy s'érafle la cheville - Philippe applique un bandage sur la blessure, puis un baiser : l'histoire renaît.
Il y a ce début admirable (dialogues de Marc Cholodenko), où Brigitte Sy demande à son mari pourquoi elle ne jouera pas sa femme dans le film qu'il veut faire sur eux. Philippe renonce à s'expliquer. Brigitte tient une réponse : "tu ne veux pas me voir t'aimer". Les personnages fuient, et dans leur fuite se déploient. Garrel fait un film avec sa femme sur un cinéaste qui veut faire un film sur sa femme mais pas avec elle, et tous les noms ont été changés.
Dans un café, Maurice demande à son fils s'il y aura des dialogues dans son prochain film. Philippe répond que oui, puisqu'il y a un dialoguiste. Maurice demande s'il travaille dans le même sens que lui. Philippe a l'air de ne rien en avoir à faire. C'est que, pour Garrel, peu importe les mots. Ce qu'il veut entendre, c'est le baiser sous le mot, ou le venin, ou la caresse, ou le coup. Lui, c'est l'image, tranche-t-il. Disposer des corps dans un cadre - les faire tenir - sans cesse réajuster - ainsi cette autre séquence de train où Brigitte tient Louis endormi dans ses bras : quatre, cinq plans presque semblables, simplement un peu plus hauts ou un peu plus bas. Disposer les corps dans un cadre, et en disposer - c'est l'ambiguïté du cinéaste, qui veut voir, et affirme l'autorité de son vouloir. Qui veut voir sa femme, sa mère, son père, son fils, tous tenir ensemble dans un film - des films. Dans Liberté, la nuit, Garrel donne à son père son rôle. Dans La frontière de l'aube, il le donne à son fils. Et il les tue l'un et l'autre. Lui, survit - mais il se débarrasse de ses personnages, et de sa famille, donc, qui l'encombre, et du désir qu'il a de les voir, de ce sentiment de l'infini, de cette chose terrible qu'est le cinéma vivant, ou lié à la vie.
"Un film n'est pas une poubelle, on ne met pas dedans ce dont on ne veut pas dans sa vie", dit Philippe à son père, qui lui demande si l'amant de sa femme figurera dans le film qu'il prépare. Mais dans le film que nous voyons, l'amant est là. Alors un film de Philippe Garrel est-il une poubelle ? Un refuge en tout cas. Certainement une manière de finir et de prolonger à la fois - de redoubler : ce verbe a je crois un sens tout particulier pour ce cinéma-là ; c'est à la fois le verbe du mauvais élève et celui du couturier : on redouble un tissu pour qu'il ne craque pas - on fait tout ce qu'il ne faut pas faire pour se faire renvoyer.
Des séquences d'une grande beauté, et pourtant toutes très simples - Louis à vélo sous la pluie, et sa mère qui lui court après... Pas grand chose. Juste des lieux communs - un lit commun pour eux, et peut-être pour lui, Philippe, s'il peut s'y glisser, s'il y est invité. Comme si ses films étaient des moments parfaits desquels il chercherait toujours à s'exclure. Le cinéma de Philippe Garrel, c'est un cinéma de l'incarnation - et de la difficulté à s'incarner.
Les baisers de secours, c'est l'histoire d'un enfant sur les épaules duquel repose l'histoire de ses parents. C'est de son bonheur à lui que dépend leur vie à eux. Pour reprendre l'un des dialogues, Garrel a fait un fils, alors il fait un film. Un film qui lui indique sa place : en soleil fort autour duquel gravitent des astres fragiles.
"Où est l'enfant ? demande la grand-mère.
- Sous la table", répond la mère qui vient de chanter une chanson triste.

vendredi 10 octobre 2008

La frontière de l'aube - Philippe Garrel



Simple et magnifique.
Trop simple peut-être. J'aimerais que Garrel lutte un peu. C'était aussi le problème des Amants Réguliers. L'arrêt de mort posé sur la fiction, la fin brutale et tragique (mais quand on lit les tragédies, on sait que le tragique est une musique, presque une joie - la joie d'excéder ; il me semble que le tragique de Garrel est paresseux (je parle de ses fins uniquement)). J'ai eu cette affreuse impression de voir le film d'un homme mort - tout le contraire du Bonello, qui a choisi de rester vivant.
Pourtant, j'ai été ébloui par La frontière de l'aube. Dès que Garrel touche à cette frontière, son film me bouleverse. Quand il s'en échappe, il m'apitoie.
C'est un film en deux temps. Le premier, sorte de temps mythique, contaminera le second jusqu'à l'impossibilité de sa présence. Garrel raconte la façon dont les vivants portent en eux la vie des morts, jusqu'à négliger la leur.
La frontière de l'aube est composé d'instants très brefs, et la continuité du film nous donne à voir l'inconciliabilité de ces instants. Un portrait de femme fait de bris, d'éclats, qu'on ne parvient pas à mettre ensemble. Garrel nous donne à penser le hors-temps de son film, mystère de la vie solitaire et muette des êtres. La photogénie semble être le seul lien. C'est bien la même Laura Smet, qu'on voit d'une scène à l'autre, et pourtant toujours quelque chose échappe, un insondable, un autre définitivement trop autre. Garrel n'explique pas : il retient. C'est un film mémoire (on pense à New Rose Hotel de Ferrara, à Un amour de Swann de Proust, à Lost Highway de Lynch) - le récit est poreux, les instants passés ressurgissent, déformés, pris sous un nouvel angle. On y voit des visages inclinés (beaucoup de scènes de lit, de canapé, ou de plancher), des corps qui ne tiennent pas, qui basculent. François, le personnage principal, est photographe, et il est ici beaucoup question d'impression. De noir et blanc aussi - de la façon dont le blanc de l'image présente est le lieu où peuvent s'imprimer les images passés, jusqu'à l'écran noir. La frontière de l'aube est comme une réponse à L'homme de Londres de Bela Tarr. Même pessimisme et même magistral aplomb.

samedi 31 décembre 2005

en 2005, 10 films

1. Manderlay – Lars von Trier
2. Les amants réguliers – Philippe Garrel
3. Marseille – Angela Schanelec
4. L’enfant – Luc et Jean-Pierre Dardenne
5. La main – Wong Kar-Waï
6. Keane – Lodge Kerrigan
7. Land of the dead – George Romero
8. Worldly desires – Apichatpong Weerasethakul
9. Grizzly man – Werner Herzog
10. The world – Jia Zhang-Ke

samedi 30 décembre 2000

en 1999, dix films

1. Khroustaliov ma voiture ! – Alexei Guerman
2. L’humanité – Bruno Dumont
3. Le vent de la nuit – Philippe Garrel
4. New Rose Hotel – Abel Ferrara
5. Xiao Wu artisan pickpocket – Jia Zhang Ke
6. Charisma – Kiyoshi Kurosawa
7. Eyes wide shut – Stanley Kubrick
8. The hole – Tsai Ming Liang
9. El valley centro – James Benning
10. Life, autumn - Sergei Loznitsa