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jeudi 31 décembre 2009

en 2009, dix films

1. Primitive, l'exposition et les courts-métrages (Primitive, Phantoms of Nabua, A letter to uncle Boonmee) - Apichatpong Weerasethakul
2. Le temps qu'il reste - Elia Suleiman
3. Inland - Tariq Téguia
4. Le miroir magique - Manoel de Oliveira
5. Tetro - Francis Coppola
6. Moon - Duncan Jones
7. The limits of control - Jim Jarmusch
8. 24 city - Jia Zhang-Ke
9. La religieuse portugaise - Eugène Green
10. Visage - Tsai Ming-Liang

samedi 15 août 2009

Le temps qu'il reste - The time that remains - Elia Suleiman



C'est le genre de film qui parvient à modifier mon regard sur le monde (je ne parle pas de géopolitique, je parle de quotidien, de présence physique des êtres et des objets) - prendre le métro, après avoir vu Le temps qu'il reste, a été toute une aventure.
A certains moments, j'ai cru que le film allait devenir mécanique, un peu creux - et à chaque fois, quand je commençais à douter de la suite des événements, Elia Suleiman revenait me chercher, par le rire ou par l'émotion, avec toujours du cinéma sous-tendant tout cela.
C'est immense, l'énergie d'invention mise en oeuvre ici, le nombre de paliers que le film franchit. Jamais ça ne se contente de ce qui a été mis en place - et pourtant ça se densifie à chaque fois.
Sur la relation d'un fils adulte à ses parents âgés, je n'ai jamais rien vu de plus beau ni de plus simple (c'est le versant lumineux du Voyage à Tokyo - avec un début similaire, proche du film de genre). Je ne veux pas raconter la scène, mais il y a un moment sur un balcon, avec un tout petit mouvement de jambe sous une table, qui est d'une puissance inimaginable.
On compare souvent Suleiman à Buster Keaton. Keaton, à mon sens, est une déflagration mélancolique ; Suleiman, c'est autre chose. Ni Tati, ni Chaplin, ni Keaton - c'est un mutisme en révolte, une implosivité florissante, pleine de symptômes, de manifestations créatrices (non symboliques ni métaphoriques : des prolongements de l'intimité dans le monde, des arborescences du Moi - ainsi passe-t-on d'un infime mouvement de jambes à un gigantesque feu d'artifice).

Pour ce qui est de la question idéologique, la réponse est simple : les films israéliens sans cinéma avec lesquels on nous accable depuis deux ou trois ans (Les méduses, Jaffa, Bubble, Les citronniers, La visite de la fanfare, Zion et son frère...) sont considérés comme 'neutres' (donc de bon goût) justement parce qu'ils sont sans cinéma. L'absence de talent est la seule solution pour camoufler un propos, de toute façon politique, quel que soit le pays. Et ne pas faire de cinéma est, je crois, une manière de rejoindre le camp de la politique majoritaire, la plus invisible mais la plus perverse. Ajoutons à cela qu'en France, un film palestinien sort en salles contre trente israéliens. Ce seul fait est politique. Alors Elia Suleiman crie peut-être un peu plus fort, mais cela ne déséquilibre rien du tout.

dimanche 5 octobre 2008

Intervention divine - Yadon ilaheyya - Elia Suleiman



Ce qui est admirable et enthousiasmant chez Elia Suleiman, c'est la façon dont ses films paraissent composés.

Composés vraiment, au sens d'une partition musicale.
On identifie très vite des mouvements, qui s'ébauchent plusieurs fois, par petites touches, qu'on oublie un temps, puis qui reviennent, et, chargés de leurs esquisses précédentes, s'épanouissent, éclatent.

La première partie est la chronique d'une ville (Ramallah je crois).
Polyphonie joyeuse, mais aussi politique.
On observe plusieurs habitants, la difficulté qu'ils ont à vivre ensemble.
L'un jette ses poubelles dans le jardin de sa voisine, l'autre ne supporte pas qu'on répare une route, le troisième se gare devant le garage d'un quatrième, qui, au volant de sa voiture, salue tous ses voisins en marmonnant des insultes à leur intention.
Tout cela aurait pu être un peu illustratif et gentillet, si Suleiman ne revenait pas sur chaque scène, trois, cinq, dix fois, avec des variations, jusqu'à l'absurde, jusqu'à la folie.

La seconde partie est composée de deux histoires qui s'entrecroisent : un lamento fellinien autour d'un père malade (superbe ballet des cigarettes nocturnes dans le couloir de l'hôpital, les malades liés les uns aux autres par des cathéters), et une histoire d'amour impossible entre un homme de Ramallah et une fille de Jérusalem (ou l'inverse). Lieu de rencontre : le checkpoint.
Suleiman habite ce lieu, l'investit vraiment. Les deux voitures des amoureux, qui deviennent invisibles à la nuit tombée, sont garées face au checkpoint, comme d'autres se gareraient sur le parking de la plage pour regarder la mer en s'embrassant. ici, il s'agit de regarder la situation politique et territoriale en s'aimant. De défier l'Histoire. Suleiman déplace un cliché, et ouvre le sens.

Le cinéaste trouve, pour narrer l'histoire d'amour, des solutions de mise en scène minimales et fulgurantes. Les deux amants ne parlent pas. un post-it "je suis fou parce que je t'aime" révélé par une vitre relevée automatiquement, deux mains qui se caressent sur un boîtier de vitesse, un ballon rouge représentant Yasser Arafat sensé détourner l'attention des militaires...
Entre ces scènes, des moments d'humiliation. Des hommes arrêtés, des petits larcins, des demis-tours forcés, des ambulances volontairement ralenties, des soldats qui sortent en courant d'une voiture et s'essuient les pieds sur le muret. Ces scènes ponctuent l'histoire d'amour. Le réel surgit, mesquin, cynique.

Jusqu'à ce que la colère éclate, en un grand moment d'artifice très chorégraphié, troisième partie frondeuse et fantasmatique, autour d'une femme invincible venue venger le peuple palestinien avec des cailloux magiques, sur la reprise de 'I put a spell on you'. "Cos you're mine", continue la chanson.

mardi 31 décembre 2002

en 2002, 10 films

1. Elégie de la traversée – Alexandre Sokourov
2. Blissfully yours – Apichatpong Weerasethakul
3. Ten – Abbas Kiarostami
4. Intervention divine – Elia Suleiman
5. La famille Tenenbaum – Wes Anderson
6. Dans le noir du temps – Jean-Luc Godard
7. Femme fatale – Brian de Palma
8. La cienaga – Lucrecia Martel
9. Le fils – Luc et Jean-Pierre Dardenne
10. Invincible – Werner Herzog

vendredi 29 décembre 2000

en 1998, dix films

1. Les idiots – Lars von Trier
2. The Kingdom II – Lars von Trier
3. Chronique d’une disparition – Elia Suleiman
4. Moe no suzaku – Naomi Kawase
5. Pages cachées – Alexander Sokourov
6. Le pouvoir de la province du Kangwon – Hong Sang Soo
7. Conte d’automne – Eric Rohmer
8. Utopia – James Benning
9. Jackie Brown – Quentin Tarantino
10. Docteur Chance - FJ Ossang