Bégaudeau a encore frappé.
Dans l'émission du Cercle du 31 octobre 2008 sur Canal+, son voeu de censure s'est une nouvelle fois exprimé fortement (outre sa nullité critique et analytique, notamment lors de ses commentaires sur quelques plans de Home, où l'on voit bien que sa pensée systémise à outrance, que le film échappe à son discours). Face à Bonnaud qui louait les qualités de La vie moderne, il n'a rien trouvé de mieux à dire que : "ces gens-là ne disent rien, il aurait mieux valu ne pas les filmer". Ne pas filmer ces gens ("ces gens-là" dira-t-il - conscient de l'analogie à la chanson de Brel, il s'excusera de sa formule par un "comme on dit" ripolinant), ne pas leur donner la parole, les laisser disparaître bien tranquillement. Voilà le projet de Bégaudeau, orateur apprécié pour des raisons qui m'échappent, tribun jappant à tout va, pour abolir la parole de l'autre, et tout ramener à lui.
Bégaudeau m'apparaît une fois de plus comme un censeur puéril - et je ne peux m'empêcher de repenser à Entre les murs, et de voir ce film, malgré le talent acrobatique de metteur en scène de Cantet, comme un pensum didactique, un constat idiot, sans une seconde de révolution, trop empêtré dans son mépris pour entrevoir ce que Rabah Ahmeur Zaïmeche esquisse par moments dans son Dernier Maquis. Je repense à cette scène notamment, où la dénommée Koumba vient trouver François Marin pour lui dire que de cette année elle n'aura rien retenu, rien appris. La réaction du professeur à ce moment-là est une déception rentrée. Aucune sagesse, aucun recul, juste le sentiment de l'inutile. Aucun retour non plus, dans une scène suivante, sur une réévaluation de la déception : la pensée est venue buter contre cette petite peine primaire, anecdotique
, et n'a pas réussi à la surmonter. Idem dans sa façon de distribuer les autoportraits, sans grâce, sans joie, aplanissant d'un coup d'un seul ce qui avait permis à la classe de décoller. Idem encore dans son tremblement sur sa probable homosexualité mise en lumière par un élève - sa façon de lui renvoyer le propos ("pourquoi ça t'intéresse tant ?") est affligeante, la déclaration de son hétérosexualité l'est encore plus - à quoi cela sert-il, sinon à arrêter la pensée, à figer l'image dans un sens unique et fort, dans un sens dominant ?