On imagine l'histoire d'une
jeune cinéaste européenne partie sur un coup de tête vivre à New York. Et ce
qu'on voit, c'est New York, des plans fixes, d'autres mobiles, de jour, de
nuit, de souterrains, de rues, d'immeubles, de corps : plans vides de récit. Ce
qu'on entend, ce sont les lettres de la mère. Cette voix qui dit : ne reste
pas. Qui dit : tu ne peux pas vivre sans ta famille. Et qui dit aussi : il faut
que tu aies peur. Alors on sent l'Europe plus présente encore que New York,
bien qu'on ne voie jamais l'Europe. On sent toute la difficulté qu'il y a à
être loin de chez soi. Non pas par manque de désir, mais parce que personne ne
désire l'exil d'un autre que soi.
La caméra scrute la surface de
la ville, ne fait que peu de rencontres, saisit le passage d'un corps, parfois,
mais presque pas. Puis elle se bat pour circuler, rester vivante même si elle
reste exilée, empruntant les grands axes, filmant depuis taxis, métros, ferrys,
cette ville qui semble impénétrable. News
from home est un exercice de présence. C'est Chantal Akerman qui dit :
voilà où je suis, voilà où j'essaie d'être. C’est le choix d’un cinéma :
le récit est en Europe, et on l’entend encore, mais on le quitte pour New York,
pure image.
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