vendredi 8 janvier 2010

Bright Star - Jane Campion

Bright Star a l'avantage d'être économe : 15 ans après La Leçon De Piano, Jane Campion ressort ses vieux chapeaux.








Mieux que quiconque, Jane Campion sait qu'être à la mode, c'est se tourner vers le passé. On récupère donc les vieux chapeaux du film pour lequel on a été palmé, mais aussi les poètes morts - d'ailleurs, les poètes ne sont-ils pas morts précisément parce qu'ils étaient poètes ? C'est ce qui semble être la thèse du film.
Un film courageux. 200 ans après, ressortir Keats, illustre inconnu, pour le réhabiliter d'un salvateur carton final ("il est l'un des plus grands poétes romantiques"), c'est ce qui s'appelle avoir du cran.
L'autre thèse du film, c'est que la poésie de Keats est belle à entendre même lorsqu'elle est dite par une actrice qui pleurniche. Car l'actrice pleurniche beaucoup (l'amour...) ; l'acteur moins (l'amour aussi, mais l'écriture d'abord : c'est un homme). Et puis il tousse trop pour pleurer. Il tousse parce qu'il est poète. La poésie de Keats est belle à entendre même dite par un acteur qui tousse : troisième thèse du film.
L'actrice ne tousse pas, elle aime alors elle pleure, et elle ne fait que pleurer parce qu'elle est une femme - rappelons que le cinéma de Jane Campion est un cinéma où le sang appelle les violons, et où les femmes qui vont mal se coupent les cheveux. D'ailleurs les femmes vont souvent mal chez Jane Campion, martyres d'hommes qui ne valent pas mieux que des figurines. Pour compenser, elles cousent - faute d'être pénétrées, puisque l'homme est défaillant, tout à ses poèmes et sa toux - notons cette charmante première scène consacrée à la couture, où l'on ne voit jamais la main de celle qui coud : fantasme d'organicité sans organe assez symptomatique du film.
Plus sérieusement, que cherche Jane Campion avec Bright Star ? Peut-être à retrouver l'émotion du poème, l'émotion qui l'a généré et l'émotion qu'il a générée. L'émotion semble être la seule chose que la cinéaste considère (et cela participe de ce rêve d'un monde anorganique) - ce qui pose problème, le poème étant à la fois l'émotion elle-même et ce qui s'en est abstrait. Campion cherche donc à nous guider vers ce vers quoi le poème nous guide déjà, et qui plus est à faire redescendre le poème vers ce qu'il n'est plus. Bright Star est une tentative d'habillage superfétatoire, une décoration. Décorer Keats.
Qu'on adhère ou non à ce parti-pris, il n'y a qu'à considérer quelques secondes le personnage de l'ami de Keats pour se rendre compte que le film lui-même est raté. Mais le chat est très bien, je le reconnais - l'un des meilleurs chats du cinéma.

7 commentaires:

T.G. a dit…

Merci, j'ai bien ri!

Griffe a dit…

Il me semble que vous n'avez pas saisi le sujet du film. Je crois que c'est l'amitié entre amoureux. L'amitié c'est leurs conversations et l'amour leurs regards. Et le croisement de l'amitié et de l'amour, c'est la possibilité d'une relation amoureuse adulte, et personnellement ça faisait bien longtemps que je n'avais vu un film sur l'amour adulte.

asketoner a dit…

@Griffe : oui, le sujet me plaît aussi, et c'est pourquoi je suis allé le voir. Mais le traitement m'a profondément exaspéré. Si l'amour est adulte, le film, lui, ne l'est pas.

@TG : c'est fait pour ça.

anne a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Ne pas aimer le film est votre droit le plus strict. Je me permets simplement de vous faire remarquer que Keats, que vous qualifiez d'"illustre inconnu", est un des poètes les plus célèbres de la période romantique anglaise, sinon le plus célèbre, et est toujours enseigné dans les lycées et universités... y compris les lycées et universités français. Ses poèmes sont cités partout dans le monde, au même titre que Milton, Byron ou Shakespeare...
Se renseigner avant d'écrire aurait pu être une bonne idée ;-)

asketoner a dit…

cela s'appelle de l'ironie
je trouve d'autant plus grotesque le carton final que keats est tout sauf un inconnu
cela me fait penser au film sur molière avec romain duris où l'on essaie de nous dire que molière était tout sauf un abruti

Letosage a dit…

Bonjour Asketoner. Je me permets de t'écrire un petit commentaire puisqu'une de nos lectrices fait référence à ton article dans son billet.
Bien à toi,