Affichage des articles dont le libellé est Michel Gondry. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Michel Gondry. Afficher tous les articles

lundi 17 septembre 2012

The we and the I - Michel Gondry






Certes, l'idée n'est pas mauvaise, et on voit bien ce qui a pu intéresser le cinéaste là-dedans : filmer un groupe de jeunes dans un bus et leur délitement au fur et à mesure des arrêts ; filmer les clans, les individualités et leur circulation. Le principe est presque renoirien, et encore renoirien hardcore, à la limite du concept kiarostamien.
Mais Michel Gondry n'assume pas la simplicité de son dispositif. La partie qui s'appelle Chaos a tout à voir avec une bouillabaisse informe où les histoires de chacun s'entremêlent de façon continue, sans écho, sans mise en scène, sans fluidité. C'est un bloc d'images hétérogènes que le flot du métrage unifie tant bien que mal, et, au final, égalise, au point qu'il n'y a très vite plus rien de distinct. Le montage extrêmement rythmique ne produit que lenteur et indifférence.
A cela, Gondry ajoute un arbitraire scénaristique épouvantable (une rupture, une mort, des secrets révélés) sensés combler le spectateur en mal de sensations fortes, comme le font les émissions de télé-réalité en organisant des mariages et des disparitions. L'effet de réel s'en trouve clairement amoindri (voire supprimé), sans pour autant que la moindre irréalité ne naisse de ces rebondissements intempestifs. On voit une mécanique qui tourne à vide, quelque part entre l'infime et le grandiloquent, c'est-à-dire nulle part.
La posture du garçon, le casque sur les oreilles, qui a sa grande scène à la fin du film (aveu de la mort d'un proche, refus d'une amitié, affirmation de son individualité distante) est emblématique du regard de Gondry sur le groupe qu'il s'est pourtant échiné à filmer pendant une heure et demie : un vague mépris qui se veut salvateur.

mercredi 26 janvier 2011

The green hornet - Michel Gondry

C'est un film de Michel Gondry écrit par Seth Rogen. Ecrit par lui et pour lui. Son génie d'acteur s'y déploie plus encore que dans les productions Apatow. Mais peut-être est-ce le genre - le film de super-héros - qui permet cette fantaisie pour une fois vraiment débridée.

Seth Rogen est un idiot. Son idiotie génère un maximum d'inventions. Il a cet art si particulier du ralentissement effréné, de la démission rapide et poltronne, du retournement de situation toujours égocentré. Un écart de langage, un défaut de prononciation, une parole perfide sur laquelle on revient soudain : tout est prétexte à s'écarter de l'intrigue, à contourner l'efficacité. Seth Rogen disperse - au réalisateur alors de rassembler.

Dans les productions Apatow, il y a un surmoi social et sentimental qui entrave l'idiotie de Seth Rogen. Il incarne souvent un type un peu paumé, un geek, un marginal, quelqu'un qui s'est construit contre la réalité. Dans The green hornet, la réalité n'existe pas. Seth Rogen est milliardaire et peut tout se permettre. Célibataire et pas amoureux, aucune loi ne le pousse vers un quelconque retour au monde. Il s'en éloigne, au contraire, de plus en plus. Tout le film témoigne de cet écart, toujours plus débile et hilarant. Même le rapport au père, qu'on pourrait craindre, esquive le drame, le petit faire-valoir de la comédie qui voudrait être soudain très grave et se justifier ainsi de n'être qu'une comédie.

Car le véritable moteur de ces films est souvent l'amitié. De quoi elle se compose, de jalousies, d'envies, de compétitions, de blagues, de délire partagé, de jusqu'au-boutisme du bizarre, d'érotisme refoulé. Ici, l'ami est un roi du kung-fu, et si Cameron Diaz vient perturber le duo, elle ne le détourne pas, elle ne se fait pas la ligne de mire d'un film ratant sa cible.

C'est écrit par Seth Rogen mais c'est un film de Michel Gondry. Michel Gondry est un cinéaste étrange. Plus la machine est lourde, mieux il s'en tire. C'est un fait rare. Il y a chez ce cinéaste une joie à manipuler les millions de dollars et à les détourner de leur envergure spectaculaire pour en faire un matériau drôle et vivant. Jubilation qui parcourt le film d'un bout à l'autre, ne serait-ce que par touches. Jusqu'à la fin, ou presque - car la dernière course-poursuite obligatoire, sans laquelle il n'y aurait pas de film de super-héros, s'étale un peu trop. Mais Michel Gondry s'en sort plutôt bien. Une clé usb en forme de sushi et un pied de fauteuil de bureau volent la vedette aux explosions grandiloquentes et aux freins crissant fort.

Même le méchant est un beau méchant. Christoph Waltz, qui semble s'amuser beaucoup plus que dans le dernier Tarantino, est assailli de doutes terribles. Aurait-il dû changer de nom avant de prendre le contrôle de Los Angeles ? Devrait-il s'habiller avec plus d'élégance ? Lui faudrait-il comme à Seth Rogen un nom de super-héros ? Sa façon de se laisser décontenancer à la moindre remarque est prodigieuse.

dimanche 26 octobre 2008

Tokyo ! - Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-Ho


Passons sur le Gondry, futile apéritif, et sur le Bong Joon-Ho, in-digestif lourd et niais : le seul vrai film de Tokyo !, c'est Merde.
On a pu lire ça et là que Merde était un remix syncopé des précédents Carax - à mon sens, pas du tout. C'est un Carax nouveau, loin du jubilé posthume, plutôt jubilatoire et bien vivant.
Merde, c'est l'histoire d'une démarche inopportune - l'histoire d'un homme qui, marchant dans les rues de Tokyo, sème la terreur. Les trois films du programme tendent à faire de Tokyo un corps social étroit, où la sympathie n'est même plus feinte, ou l'humanité est neutralisée. Le film de Carax n'échappe pas à ce constat, mais il est le seul à l'affronter violemment (Bong Joon-Ho fait son Cinquième Elément, "appuie sur mon bouton LOVE et la Terre tremblera" ; Gondry reste dans la chronique au fantastique passif et décoratif), envoyant Denis Lavant dans la rue, en Chaplin sale et dangereux, aimant la vie mais pas les gens, sauf sa maman et son dieu.
L'humour comme arme de survie : les gags interviennent comme des éléments non identifiés, dysfonctionnels, transgressifs. Des bâtons de dynamite dans les rouages des Temps Modernes. Mais ce n'est pas l'industrialisation ni le stakhanovisme qui sont ici visés - plutôt la morale qui a fini par embaumer et remplacer le capitalisme. Morale du corps éteint, tordu, disparaissant, et de la voix forte. Morale du danger et de la sécurité. Morale de l'utile et de l'agréable. Carax fonce, il n'a peur de rien, il se prend pour Zarathoustra, il est obscène, scato, réac, il croit à la joie et au miracle, il tente tout. Le traitement de l'image vidéo est bouleversant, plus encore que chez Lynch ou Costa : les plans sont des tableaux, des fresques, des collages baroques, nourris par des siècles d'histoire de l'art, mais jamais poussiéreux, d'une force intacte, voire renouvelée.
On ne peut pas raconter le film - ce sont trente minutes de surprises incessantes (telle la voix de Monsieur Merde, qui surgit tardivement et fait basculer le film, deuxième donnée d'un corps inattendu et révoltant), trente minutes frénétiques, de montage, d'esthétique, et de révolution.