
La dimension anxiogène, à la fois jouissive et comique, de Eagle Eye, ne tient pas seulement à sa façon de surfer sur l'hypothèse d'un contrôle total du moindre mot et moindre déplacement par le biais des nouvelles technologies, mais aussi et surtout à la frénésie d'un espace jamais conquis, jamais suffisant, inhabitable, instable. Les actions des héros entraînent une course de plus d'une heure dans toute sorte de lieux, de villes, et sur toute sorte de terrains (métro, tunnel, aéroport, centre de convoi des bagages, avion, casse, désert, salle de concert - et pour les deux derniers, on pense à La mort aux trousses et à L'homme qui en savait trop, non seulement pour leur citation esthétique, mais aussi pour leur façon de trouver dans un espace inconnu la résolution d'un corps agissant, sa conscience et sa finalité) - les décors défilent à toute allure : il ne nous reste plus qu'à nous accrocher à deux corps et à la voix qui les guide. L'espace semble se vider aussitôt qu'il est investi.
Miraculeusement, DJ Caruso ne sabote pas trop son concept avec l'enquiquinant Oedipe, pourtant bien épais, du héros, ni même avec l'amour maternel de son héroïne - simples prétextes à tisser encore plus de troubles et d'ambiguïtés dans le parcours du film. Pas de larme à l'oeil, rien que de l'invraisemblable excessif, à la fois lointain et proche, et une idée, très belle, de ce que pourrait être l'omnipotence, en termes technologiques et politiques. Eagle Eye est un film surexcitant, mais aussi très acide lorsqu'il s'empare du contexte politique américain pour dessiner la toile de fond de son délire d'apocalypse.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire