dimanche 12 juin 2011

Une séparation - Asghar Farhadi - Jodaeiye Nader az Simin

Plus que sur une séparation, le film porte sur la distance. Distance au sein d'un couple, distance entre les hommes et les femmes, distance entre les enfants et les adultes, entre l'Iran et le reste du monde, entre la parole et la vérité, etc... En ce sens, le film est bien construit.

MAIS il n'y a pas une seconde de cinéma là-dedans. Qu'est-ce que le film m'enseigne de plus que si j'avais lu son scénario ? Rien ! Tout est joué d'une même note, tout le temps. Les acteurs sont sans surprise. L'image est moche. Le cadre est approximatif. Les quelques essais de représentation de cette distance ont déjà été vus mille fois (deux personnages de part et d'autre d'une vitre). La seule chose, peut-être, c'est le rapport au voile, qui agit comme une contrainte (dans le cinéma iranien agréé, les femmes doivent garder leur voile même pour faire la vaisselle) plutôt stimulante.

Alors qu'est-ce que c'est que ce film ? Rien de plus qu'un Usual Suspect version world-cinéma. Une machine à tricher, qui voudrait nous faire croire que personnages et spectateurs vont réfléchir ensemble à la résolution d'un problème, mais qui révèle seulement à la fin l'élément clef de cette réflexion, de telle sorte que le problème n'existe plus, n'a jamais existé. Bernés, gavés d'idées fausses, soûlés de réflexions sans objet, nous rentrons chez nous en nous disant : il nous a bien eus. C'est ça le cinéma ?

8 commentaires:

Bertrand Desprez a dit…

j'irai le voir car ton point de vue est intéressant, loin d'un concensus général !!
amitiés

GM a dit…

C'était ma crainte, exactement ce que je redoutais. Bon, plus du tout envie du coup.

asketoner a dit…

Je ne comprends pas du tout ce consensus. Sauf à considérer que "consensus" est l'équivalent du "meilleur des mondes possibles". Drôle d'ailleurs de voir que cette notion très démocratique de consensus revienne à un film iranien. C'est peut-être que le film contient en lui une forme de promesse unitaire ou promesse de conformité et de ressemblance.

Griffe a dit…

Là vous allez un peu loin. "C'est ça le cinéma ?" Mais oui, aussi ! On attribue à Clouzot (moi je croyais qu'elle était de Selznick) la formule selon laquelle un film c'est "premièrement une bonne histoire, deuxièmement une bonne histoire, troisièmement une bonne histoire". Je ne connais pas pour ma part beaucoup de films américains ou français récents qui racontent une histoire aussi forte et aussi dense que celle-là.
S'agissant des distances sur lesquelles le film porterait, vous oubliez l'essentielle, la distance entre les classes, et par suite entre les valeurs qui servent à l'une et l'autre classe, la bourgeoisie et le prolétariat, pour surmonter ses malheurs particuliers. Valeurs qui mises en concurrence pacifiquement (face au juge) profitent toujours à la bourgeoisie et conduisent le prolétariat à la violence (la vitre brisée de la voiture comme conclusion à cette illustration contemporaine et iranienne, donc pas si négligeable, de la lutte des classes).

asketoner a dit…

Cher Griffe,
le problème de cette histoire de bonne histoire, c'est qu'elle est très relative. Qu'est-ce que c'est qu'une bonne histoire ? Celle-ci me laisse indifférent. Panahi, avec son Sang et Or par exemple, me semble raconter avec autrement plus de pertinence les différences de classes.
Peut-être que Asghar Farhadi sait mieux brouiller les pistes, mais il reste sur ces pistes, sûr de leur importance. Tandis que chez Panahi, parfois, le vent se lève, la nuit tombe, le temps passe, et ce temps raconte une autre histoire de l'homme, ouvrant une multitude d'issues possibles.

Edouard a dit…

Cette fois, je trouve moi aussi la note sévère et je suivrai plutôt Griffe. A mon sens, il n'y a pas qu'un scénario, une bonne histoire, et l'intérêt ne se limite pas à savoir ce qu'il s'est passé ce jour-là (la seule chose légèrement gênante, peut-être, et ce qui peut amener à penser cela, c'est la fameuse ellipse, cet événement qui ne nous est pas montré : là, le cinéaste passe en force). Il y a, je trouve, matière à réflexion au-delà de l'intrigue (c'est très "dense" comme dit Griffe) et au niveau de la mise en scène des distances, c'est assez fort, sans être insistant (à part le dernier plan, mais, justement, c'est le dernier...).

asketoner a dit…

L'ellipse pour moi fait retomber tout l'intérêt du film. A partir de là, le film n'existe plus, à mes yeux, bien qu'il ait été persévérant, tendu, et virulent. Tendu sur rien, virulent sans propos, et persévérant vers l'entourloupe : voilà ce que j'en pense.

azerty a dit…

Je suis d"accord avec ce que vous dites de ce film et heureuse d'entendre votre voix discordante. Je trouve ce film mis en scène avec suffisamment de brio pour "faire la blague", du moins à première vue, car cet usage de l'ellipse à tout va m'ennuie, cela ne me raconte rien d'autre que comment on va me manipuler moi spectateur et cela me renvoie à un truc cérébral, en cela ce n'est pas du (bon) cinéma.. . C'est somme toute un film assez pompier, avec un propos profond ou du moins qui m'intéresse - le rapport à "la vérité", les rapports de classe, l'engrenage... toutes les choses présentes dans ce film qui sont citées dans tous les beaux articles que j'ai lus, mais il me semble que leurs auteurs se sont "faits avoir" par des ficelles pas très fines. C'est très théâtral, pas toujours si bien joué (les deux acteurs du couple modeste en font un poil trop). Je me suis assez ennuyée, par manque de grâce.... Je ne recommanderais pas forcément de ne pas aller voir ce film, je trouve intéressant de voir si on est séduit ou non et par quoi. Le propos est intelligent et articulé, mais peut-être un peu trop "projeté" ?!