dimanche 27 février 2011

Incendies - Denis Villeneuve, Wajdi Mouawad

La supercherie a assez duré, révélons-la : Wajdi Mouawad, c’est Marc Lévy. Si Wajdi Mouawad plaît tant aujourd’hui dans les milieux chics (et pas Marc Lévy), c’est que la marclévytude de Wajdi Mouawad se pare du masque de ses origines libanaises – inattaquable, légitime, il peut dès lors aligner les pires sottises sur la guerre et la filiation, sans que personne ne lui cherche des poux. D’ailleurs, le pays en guerre n’est pas nommé, car c’est LA guerre (le Canada, lui, est nommé, parce que le Canada c’est rien). Prétexte aux crânes rasés, mères et enfants fusillés, viols en prison, tout ce qui excite dans les dîners, et autres histoires d’orphelins dignes du club Dorothée (il y avait je crois, au club Dorothée, une série qui ressemblait à cette histoire, et il me semble que ça s’appelait Les jumeaux du bout du monde – est-ce qu’au Liban on captait le club Dorothée ?).

Dévoilons sans plus tarder la fin du film : les jumeaux découvrent que leur frère et leur père, qu’ils ne connaissent pas et que leur mère à sa mort leur a demandé de retrouver, ne sont qu’une seule et même personne. Et c’est tout. C’est tout, mais au cas où on n’ait pas bien compris, on nous le répète cinq fois de cinq manières différentes. L’émotion suscitée n’ouvre sur rien d’autre qu’elle-même ; l’histoire n’a qu’une visée : surprendre, choquer, faire pleurer. Après, on peut rentrer chez soi.

Un bon film, qu’il soit de suspense ou non, ne devrait pas souffrir du fait qu’on en raconte la fin (Norman Bates et sa mère ne sont qu’une seule et même personne, on le sait, et pourtant on retourne voir Psychose) – c’est qu’Incendies n’est pas un bon film. Et Denis Villeneuve est un piètre cinéaste. Rien à sauver dans ces Incendies. La mise en scène copie celle des pires téléfilms français des années 90. Les acteurs sont d’un épouvantable sérieux. Et pas un plan pour sauver l’autre, tout est laid. Radiohead à la rescousse fait office de camion de pompiers, épaississant les images creuses que le film enchaîne sans nécessité.

4 commentaires:

Griffe a dit…

Exact, pour ce que j'en ai vu. Je n'ai pas tenu plus de 40 minutes tellement j'avais l'impression d'être face à une sorte de film d'initiation comme on en fait généralement à la sauce heroic-fantasy pour les gamins ou ados retardés, extrêmement lent et explicatif, mais paré du sérieux de l'Histoire et de la Guerre afin de se donner une contenance et se faire passer pour ce qu'il n'est pas : un film adulte. J'imagine très bien que les bouquins de Marc Levy se résument à la même pose et le même vide. C'est d'ailleurs très souvent que la solennité appuyée cache la médiocrité de l'inspiration, bon moyen de démasquer pas mal d'impostures de ce genre.

NVL a dit…

Une scène résume pour moi ce film : des enfants avancent en se cachant de peur qu'on leur tire dessus sur fond de ville dévastée, vu qu'on nous a averti qu'on recherche maintenant le frère, on est droit de penser que le frère en question est l'un de ces enfants. Ben non, vous êtes nuls c'est le sniper le frère, hé beh on vous a bien eu hein ?

Edouard a dit…

De toute manière, pour que Villeneuve nous assène cette incroyable vérité autant de fois dans le dernier quart d'heure, c'est qu'il veut qu'on la raconte à tout le monde en sortant. C'est pas possible autrement...

asketoner a dit…

@Griffe : je suis resté jusqu'au bout par masochisme. Et puis mon chat n'aime pas quand je rentre plus tôt que prévu.
@NVL : le coup de théâtre, tadam !
@Edouard : c'est ce qu'il faut s'empresser de faire, partout - ça épargnera quelques larmes et fera donc baisser le taux d'humidité en France, qui ces derniers jours est alarmant.